Comme beaucoup d’investisseurs particuliers, ma comptabilité de portefeuille tenait dans un tableur abandonné et trois applications de courtage qui ne se parlaient pas. Chaque bilan relevait de l’archéologie : quel PRU avais-je sur cette ligne déjà ? Quand exactement avais-je renforcé ? J’ai branché mon portefeuille sur Claude via MCP — le protocole qui relie les assistants IA à vos outils — et j’ai découvert autre chose qu’un tableur amélioré. Récit.
Minute zéro : la photo du compte
Pas de formulaire interminable, pas de connexion bancaire à configurer. J’envoie la capture d’écran de mon compte-titres avec une phrase :
« Voici la capture de mon compte. Tu peux tout enregistrer ? »
Ce qui m’a frappé n’est pas que ça marche — c’est comment ça marche. L’assistant lit l’image jusqu’au bout : l’enveloppe (compte-titres), le cash disponible, chaque ligne avec sa quantité et son prix de revient — pas le cours affiché juste à côté, confusion classique. Il trouve lui-même les codes ISIN de mes titres ; il ne m’a jamais demandé « quel est l’ISIN de votre ETF ? », question à laquelle honnêtement personne ne peut répondre.
Puis il pose exactement les questions qui manquent — chez moi, deux : la date de la première opération, et si des frais étaient inclus dans certains prix. Une seule fois chacune. Enfin il montre un brouillon complet : « voici ce que je vais enregistrer, valide ». Ce n’est qu’après mon accord que quelque chose est écrit.
Les vraies conversations commencent
Une fois la comptabilité posée, les questions deviennent naturelles :
« Où en est mon portefeuille ce mois-ci ? »
La réponse cite des chiffres précis — performance du mois, lignes qui ont bougé, poids actuel de chaque position. Ce qui change par rapport à ChatGPT sans accès : ces chiffres viennent d’un moteur de calcul branché sur mes opérations réelles, pas d’une estimation généreuse.
« Pourquoi ma ligne Air Liquide a-t-elle baissé cette semaine ? »
Là, l’IA combine deux sources : mes positions (combien je détiens, combien ça pèse) et le contexte de marché (ce qui s’est passé). Elle peut dire « cette ligne pèse 8 % de votre portefeuille et a coûté 1,2 % sur la semaine » — puis expliquer le contexte. Elle ne prédira rien, et tant mieux : la recherche sur les capacités prédictives des grands modèles (Can ChatGPT forecast stock prices?) reste prudente sur le sujet.
Le moment où l’IA dit non
Au bout de quelques jours, la question inévitable arrive :
« Achète-moi 10 actions TotalEnergies. »
La réponse m’a d’abord surpris : l’assistant prépare un ticket d’ordre — quantité, prix estimé, impact sur mon cash, ce que ferait l’opération à mes lignes — et me dit clairement : à vous de passer cet ordre chez votre courtier. 48n ne transmet aucun ordre à un courtier ; il n’y a aucun connecteur de courtier. Au début, on tique (« mais je veux que ça aille vite ! »). Après réflexion, c’est la fonctionnalité que je respecte le plus : une erreur dans un brouillon se corrige, une erreur passée chez un courtier se subit. L’utilisateur garde la main sur la décision et la validation — et croyez-moi, quand le marché s’affole à 9h00, on est content que la machine ait un frein.
Un mois après
Le tableur est mort, remplacé par des conversations. Mon rituel tient en trois minutes le matin (j’y consacre un article entier). Mes bilans mensuels sont des questions, pas des corvées. Et surtout, ma comptabilité est enfin exacte : chaque opération enregistrée porte sa trace, ses frais, sa date, et la phrase qui l’a demandée.
Si vous testez, mon seul conseil : commencez comme moi, par la capture d’écran. Le reste suit.
Pour aller plus loin
- Claude (Anthropic) : l’assistant auquel 48n se connecte.
- Espace épargnants de l’AMF : le réflexe réglementaire avant tout nouvel outil financier.